L’économie collaborative, un changement de société ?

Article tiré de la newsletter du mois de Février 2016 du réseau HaOui partenaire du réseau France Barter.

L’économie collaborative, un changement de société ?

L’économie collaborative est l’activité humaine qui vise à produire de la valeur en commun et qui repose sur de nouvelles formes d’organisation du travail. Elle s’appuie sur une organisation plus horizontale que verticale, la mutualisation des biens, des espaces et des outils (l’usage plutôt que la possession), l’organisation des citoyens en « réseau » ou en communautés et généralement l’intermédiation par des plateformes internet (à l’exception de modèles comme les réseaux d’échanges réciproques de savoirs). L’économie collaborative est entendue dans un sens large, qui inclut la consommation collaborative (AMAP, couchsurfing, covoiturage etc.) mais également les modes de vie collaboratifs (coworking, colocation, habitat collectif), la finance collaborative (crowdfunding, prêt d’argent de pair à pair, monnaies alternatives), la production contributive (fabrication numérique, DIY, Fablabs, imprimantes 3D, maker spaces) et la culture libre…

Elle prend différents types de formes (économie du partage, économie de fonctionnalité dont l’économie circulaire, économie des solutions, économie en pair à pair) selon les types de biens et services concernés ou de la finalité (empowerment du consommateur,éco-efficacité).

Ce type d’économie s’inscrit dans un contexte de défiance des acteurs institutionnels du système capitaliste traditionnel, de crise économique mais aussi d’éthique environnementale.

Son essor est dû à l’utilisation des nouvelles technologies permettant d’améliorer la créativité collective et la productivité. Il répond également au désir de pratiques écologiques et de relations sociales plus conviviales.

Histoire
L’économie collaborative est un terme inventé en 1978 par Felson et Spaeth pour désigner les « événements dans lesquels une ou plusieurs personnes consomment des biens ou des services économiques dans un processus qui consiste à se livrer à des activités communes ».

Mais c’est en 2010, que Botsman et Rogers dans « What’s mine is Yours : The rise of Collaborative consumption » vont reprendre ce terme comme désignant un système et lui donner un nouvel essor. Botsman, cristallise ce mouvement en 2010, notamment à Sydney en mai 2010 : « c’est en 2008 que nous avons buté contre le mur » affirme-t-elle. « Ensemble, Mère nature et le marché ont dit “stop !”. Nous savons bien qu’une économie basée sur l’hyperconsommation est une pyramide de Ponzi, un château de cartes. ».

Botsman et Rogers qualifient de consommation collaborative, les comportements collaboratifs, les comportements de consommation centrés sur l’accès, la mise en commun et le partage de biens et de services. L’économie collaborative peut donner lieu à des cessions de droits de propriété des objets dans des échanges basés sur le don ou le troc.

Les technologies
L’économie collaborative s’étend grâce à l’essor des nouvelles technologies. La facilité d’utilisation et le faible coût d’Internet permettent la multiplication des communications. Les comportements en sont modifiés. Les modes de production et de distribution de l’énergie et de la logistique sont remodelés. La productivité est accrue.

L’Internet des communications
L’utilisation d’Internet par les scientifiques leur permet de se communiquer leurs travaux. La recherche et les innovations en sont accélérées. En utilisant la licence Creative Commons les scientifiques des universités et des laboratoires mettent leurs travaux en ligne pour les partager avec leurs collègues au sein de communautés. La faculté de médecine de Harvard placera ainsi ses travaux de génomique dans le domaine public. Les scientifiques y accéderont librement sur Internet pour leurs recherches en laboratoire. L’internet des objets (IoT) permet aussi une optimisation des ressources énergétiques en fonction des besoins réels de consommation (eau, électricité, bois,…).

L’énergie renouvelable locale
Les énergies renouvelables locales ont un coût d’utilisation (coût marginal) très faible. Les centres de traitement de données, qui sont de gros consommateurs d’électricité, s’y convertissent à l’instar d’Apple, malgré l’importance des coûts fixes initiaux. IKEA s’en équipe. Il est déjà indépendant en matière d’énergie pour ses opérations dans les pays nordiques et prévoit de l’être en tous lieux d’ici 2020. La résilience procurée par les énergies renouvelables locales et le très faible coût de l’électricité produite, grâce à la longue durée d’amortissement, justifient ces décisions. Dans l’Union européenne, mais plus particulièrement au Danemark et en Allemagne, les communautés locales, épaulées par les banques coopératives, se dotent de coopératives qui produisent leur énergie localement. Les habitants participent aux décisions et bénéficient des prix les plus bas. Les réseaux collaboratifs, rendus possibles par Internet, assurent les interconnexions logistiques de la distribution de cette électricité. Les monopoles centralisés, privilégiant économiquement leurs propres structures, sont court-circuités.

Une logistique collaborative
La mise en réseau collaboratif du stockage et de la distribution de produits accroîtrait l’efficacité, réduirait les coûts et diminuerait les émissions carboniques. Jeremy Rifkin constate que l’efficacité des transports au niveau mondial est inférieure à 10 %. Les camions, pleins au départ, s’allègent peu à peu à chaque livraison et rentrent souvent à vide. Aux États-Unis les camions effectuaient à vide, en 2002, en moyenne 20 % des kilomètres parcourus et beaucoup d’autres presque à vide. Les entrepôts de stockage de longue durée sont souvent très éloignés de l’endroit où les produits seront finalement envoyés.

En économie collaborative un premier chauffeur livrerait la cargaison au centre de distribution le plus proche. Et ainsi de dépôt en dépôt jusqu’au point final. Aux États-Unis les sociétés privées possèdent rarement plus de vingt dépôts. Si tous les dépôts se trouvaient en économie collaborative il y aurait 535 000 entrepôts à disposition de chaque entreprise. Grâce à Internet il n’y aurait pas de perte de temps lors du passage du relais. La livraison, dans le cas d’un parcours de Québec à Los Angeles, serait assurée en 60 heures au lieu de 120 dans le système actuel soit moitié moins de temps.

Les imprimantes en trois dimensions
Les imprimantes en trois dimensions, répliquent les objets de la même façon qu’une photocopieuse réplique une image en deux dimensions. Elles copient des objets de taille diverse. Elles sont déjà utilisées en joaillerie, dans l’industrie aérospatiale, etc. et devraient l’être pour construire des maisons.

En économie collaborative les imprimantes 3D permettent de réaliser d’importantes économies. Les logiciels qui guident les machines sont disponibles en open source. Les redevances d’utilisation de brevets sont économisées. Les imprimantes 3D permettent la délocalisation de la production. Les coûts de transport sont supprimés. Les matériaux nécessaires à la fabrication peuvent se trouver localement. L’énergie utilisée peut également être une énergie renouvelable locale produite en économie collaborative au meilleur coût. Ainsi une imprimante 3D au Sahara disposerait du sable et de l’énergie photovoltaïque produite localement.

L’économique et le social

Le partage

L’importance grandissante accordée au lien social est une tendance profonde dans les nouvelles générations. Elle a été soulignée dans l’étude des modes de vie en 2050. Le partage et les échanges sont l’occasion de nouer de nouvelles relations. Ils réduisent les gaspillages. L’effet est bénéfique écologiquement et économiquement.

Voitures

Les sites de location ponctuelle de véhicules de particulier à particulier concernaient en France, en 2015, plus de 42 000 véhicules. Le coût y est moins cher de 30 % à 50 % qu’un loueur traditionnel. Autolib est un service pris en charge par la municipalité. La généralisation du covoiturage entraînerait une réduction de 80 % du nombre de véhicules en circulation. La personne qui utiliserait le covoiturage et n’aurait ni à acheter, ni à entretenir un véhicule diminuerait de 20 % ses frais pour une même mobilité. Plus généralement, la fourniture d’électricité à l’extérieur des bâtiments, peut être partagée, pour satisfaire les besoins d’électromobilité.

Logements

Les sites de location de logements entre particuliers, qu’ils soient à but non lucratif ou en société commerciale, sont de plus en plus utilisés. Airbnb, en ligne depuis 2008, réservait en 2011 dix millions de nuitées à trois millions de personnes. CouchSurfing, créé en 2004, avait réuni, en 2011, 5,5 millions de membres. Il encourage ses membres à nouer des liens d’amitié durables entre logeurs et logés. Plus de 99 % des membres déclarent leur expérience positive.

Bateaux

Les sites de location de bateaux entre particuliers sont en pleine effervescence depuis 2014. En effet, d’après une étude seulement 8 % des français possèdent un bateau. Cette proportion est faible pour des raisons variées, notamment le prix important. La faible utilisation des bateaux – en moyenne moins de 10 jours de navigation par an – rend le concept très pertinent sur ce secteur. Des sites comme SamBoat ou Boaterfly permettent aux propriétaires de faire louer leurs bateaux à d’autres particuliers. Ces services encourage leur communauté à s’entraider, se conseiller et créer des liens pour la passion du nautisme.

Savoirs

Le partage des savoirs, qu’ils soient scientifiques ou profanes, est source d’avancées. Le site de santé PatientsLikeMe est piloté par les patients. Il rassemble 200 000 patients et suit la progression de 1 800 maladies. À partir de ses données il a réfuté les conclusions d’une étude selon laquelle le lithium ralentissait la progression de la sclérose latérale amyotrophique. Wikipédia est le fruit des multiples contributions bénévoles d’internautes dans le monde : l’encyclopédie en ligne permet à tous de contribuer et d’avoir accès aux articles répertoriés.

L’économie collaborative s’intéresse également à l’éducation : les MOOCs par exemple en sont une application. En effet, des entreprises comme edX, Coursera ou la Khan Academy proposent gratuitement ou moyennant un abonnement de suivre en ligne des cours sur des thèmes divers et ouverts à tous. De plus, les personnes inscrites à ces formations en ligne peuvent interagir (en commentaire de la vidéo du cours par exemple) entre elles et avec l’enseignant.

La mutualisation

Habitat

La colocation et l’habitat groupé s’inscrivent dans le double contexte de la crise du logement et de la prise de conscience écologique. Ils confirment l’essor de l’empathie et du lien social. Dans l’habitat groupé et dans les écoquartiers la mutualisation des services, des espaces et des biens est promue.

Outils

La mutualisation d’outils ou de machines peut prendre une forme lucrative ou une mise à disposition par des communautés de pairs. Elle est très pratiquée concernant l’utilisation des imprimantes 3D. Les fablabs sont des ateliers collectifs équipés d’imprimantes 3D. Les logiciels sont en source ouverte.

Financement

Le financement participatif, en anglais crowdfunding, est un dérivé du prêt social pair à pair. Un projet d’investissement est mis en ligne. Les internautes apportent l’argent nécessaire à la réalisation du projet. Ils peuvent le remettre sous forme de don ou recevoir, une fois le projet lancé, des biens et services en liaison avec l’investissement ou percevoir des intérêts ou encore recevoir des parts dans le projet. De 2006 à 2015 plus d’un million de Français ont contribué à un financement participatif. Ulule, le leader européen du financement participatif est français. Depuis sa création en 2010 il a financé 8 540 projets créatifs, solidaires et innovants et compte 700 900 membres dans 150 pays. Son taux de succès est de 67 % en 2015. Zopa est le premier site de crédit pair à pair en Grande-Bretagne. Il a traité, fin 2012, plus de 414 millions de livres de prêts. À cette date le crédit social pair à pair représentait 1,8 milliards de dollars. En 2013 Kickstarter, la principale entreprise de crowdfunding, avait aidé 51 000 projets. Lending Club aux États-Unis a collecté en 2014 six milliards et demi de dollars de fonds participatifs.

La coproduction

La production collaborative a permis la création d’un prototype de voiture qui a été présenté en janvier 2011 au Salon de l’automobile de Détroit, aux États-Unis. Cette voiture a été conçue en trois mois par la collaboration d’une communauté de bénévoles de plusieurs pays échangeant en ligne compétences et plans en open source. Elle consomme 2,35 litres pour 100 kilomètres, a une vitesse de pointe de 240 km/h et coûte 25 000 dollars.

Les consommateurs et les paysans sont coproducteurs dans le cadre des Amap. Le consommateur paie à l’avance son panier dont la composition varie avec les saisons mais aussi en fonction des aléas climatiques éventuels. Les prix sont fixés d’un commun accord et l’intégralité du prix revient au producteur. Paysans et Amapiens se rencontrent chaque semaine lors de la distribution. L’échange est entièrement consacré aux produits et aux pratiques, En 2014 il y avait 2 500 Amap avec 60 paniers distribués dans chacune d’entre elles. Les adhérents se comptent en centaines de milliers.

Les échanges

Certains échanges peuvent être directs, comme dans la plupart des SEL. Le plus souvent les objets échangés sont de valeur inégale et impliquent plusieurs intervenants. Il est alors nécessaire de recourir à des plateformes d’échange et à des unités de compte, le plus souvent des points. À une échelle plus importante les échanges sont réalisés en monnaie locale. Les dons représentent une autre forme de transferts de biens de particulier à particulier.

Les SEL

Les systèmes d’échanges locaux (SEL) mettent les adhérents en contact pour des échanges de services. Une personne échangera par exemple des cours d’informatique contre la peinture d’une chambre. Le plus souvent l’unité de compte est le temps passé, c’est-à-dire l’heure. En 2010 il existait 300 à 350 SEL en France qui impliquent 25 à 30 personnes pour les plus petits et 300 à 500 personnes pour les plus importants. En 2015, en Île-de-France, 50 SEL totalisaient environ 3 000 familles. À l’étranger le système porte le terme de LETS.

Les plateformes d’échange

Les trocs de biens nécessitent des plateformes d’échange. ThredUP en est une. La personne qui y place un article reçoit des points au moment où il est vendu. Avec ces points elle peut acquérir d’autres articles. Forte de 400 000 membres elle a vendu plus de350 000 articles en 2012. En France la plateforme Too-Short s’inspire de ThredUP. Elle trie les vêtements et les reconditionne dans son entrepôt de Normandie. Elle fait partie de la chaîne CtoBtoC. Pretachanger créée en 2011 à Nîmes comptait 50 000 membresfin 2013. Myrecyclestuff créé en 2008 représente une communauté de 15 000 personnes dont 5 000 troqueurs actifs. Digitroc est passé de 60 000 membres en 2005 à 2,5 millions en 2012. Ce type de plateformes se multiplie en France et inclut de plus en plus des offres à durée de vie limitée, compte tenu de la date de consommation qui s’y rapporte. Dans le domaine de l’hôtellerie, RoomRoom propose d’échanger sa chambre d’hôtel non annulable contre un tarif réduit, plutôt que de la perdre entièrement. Le même principe est appliqué par KelBillet pour les voyageurs.

Les monnaies locales

Les monnaies locales trouvent leur place dans l’économie collaborative car elles financent l’économie circulaire, les infrastructures de connexion producteurs/consommateurs et les projets locaux à faible rentabilité. Elles ont un effet anticyclique, favorisent l’esprit de communauté et accroissent la résilience.

Les dons

Environ un tiers des biens sont remplacés alors qu’ils sont encore en état de fonctionner. Le gaspillage des ménages concerne principalement les denrées alimentaires, notamment lorsque la date de préemption est dépassée, les biens durables lorsqu’ils sont mis au rebut alors qu’ils sont encore utilisables et les biens semi-durables comme les vêtements lorsque leur style vieillit ou qu’ils ne sont plus adaptés à l’âge. Les dons répondent au désir d’entraide et de lutte contre le gaspillage. L’association à but non lucratifFreecycle fonctionne sur la base de dons. Elle est organisée en 5 000 groupes locaux dans 85 pays. Les utilisateurs mettent en ligne les articles dont ils ne veulent plus et les autres membres de la communauté peuvent en disposer gratuitement.

L’économie circulaire

L’économie circulaire se définit comme un ensemble d’industries dont chacune réutilise les déchets produits par l’industrie précédente. La quantité finale de déchets est minimisée. Ce recyclage des matériaux non renouvelables répond à un objectif de durabilité. L’exploitation des ressources primaires est diminuée. L’économie circulaire est optimalisée économiquement et écologiquement lorsque sont créés au niveau régional des parcs de symbiose industrielle. Cette relocalisation a de nombreux avantages. En périodes d’incertitudes écologiques et économiques elle accroît considérablement la résilience. Elle optimalise l’utilisation des matières premières et du savoir-faire locaux.

Les gains écologiques

Le partage, les échanges et les dons diminuent les besoins en biens neufs. Les ménages font des économies. L’extraction de matières premières et la consommation d’énergie sont minorées. Cependant les gains écologiques ne sont obtenus que si les ménages n’utilisent pas ces économies en achetant d’autres biens écologiquement plus néfastes. De même le covoiturage procure des gains écologiques. Mais il peut aussi encourager une multiplication des déplacements. L’Iddri estime que les modèles collaboratifs peuvent favoriser une hyperconsommation. Enfin le covoiturage et l’auto-partage peuvent dissuader d’investir dans les transports collectifs. Ce que confirme l’analyse de la SNCF qui voit dans le covoiturage le principal concurrent des TGV.

Un changement sociétal ?

Le capitalisme fragilisé

Jeremy Rifkin estime que la conjonction des nouvelles technologies (Internet, énergies renouvelables, imprimantes 3D) et de l’économie collaborative (licences libres, fablabs, financement participatif) entraînera l’éclipse du capitalisme.

Le coût marginal zéro

Le coût marginal est le prix de revient d’un article dès lors que l’amortissement de ce produit a été couvert par les ventes déjà effectuées. Ce coût ne concerne que les frais d’utilisation. Il est extrêmement faible dans le cas d’Internet (coût de diffusion), des énergies renouvelables (hydraulique, photovoltaïque, éolienne) ou des imprimantes 3D. La faiblesse du coût d’utilisation de ces nouvelles technologies (Rifkin parle même de « coût marginal zéro ») et les nouvelles formes collaboratives ne permettront pas de répondre aux exigences de rentabilité des capitaux en secteur capitaliste.

La fin de la concentration capitaliste

Rifkin explique que le capitalisme s’est développé pour répondre aux besoins des révolutions industrielles de la seconde moitié du XIX siècle. Il fallait de gros capitaux pour tirer les matières premières du sol, créer les structures matérielles nécessaires à leur acheminement (chemins de fer, routes) et édifier les réseaux indispensables de communication et de fourniture d’énergie. La gestion de ces chantiers ne pouvait être que centralisée. La concentration devenait d’autant plus importante qu’il fallait réaliser deséconomies d’échelle pour garantir un retour sur investissement. Avec Internet, les énergies renouvelables et les imprimantes 3D, cette centralisation n’a plus sa justification.

La relocalisation de l’économie est un facteur de résilience. Des recherches sur les écosystèmes naturels ont établi que la nature n’optimise pas l’efficacité mais assure une balance optimale entre l’efficacité et la résilience. Le journal Science du 22 mai 2015 rapporte les enseignements d’une analyse du plancton océanique effectuée entre 2009 et 2013. Pour la plupart des organismes marins la collaboration est plus importante que la compétition. La conjonction de la collaboration et de la résilience dans l’économie pourrait être la source d’une supériorité de l’économie collaborative délocalisée sur l’économie capitaliste.

Une alternative incertaine

La substitution de l’économie collaborative à l’économie capitaliste n’est pas assurée. D’une part il lui faudra trouver ses propres modes de financement. D’autre part fondée souvent sur des rapports entre individus elle requiert la confiance. Enfin les entreprises fonctionnant sur une base capitaliste se rentabilisent également en fonctionnement collaboratif. C’est le cas de Uber et de Blablacar dans le partage de voitures, Airbnb dans le logement, Lending Club dans le financement et pour les dépôts-ventes dans les vêtements ou les biens. Elles trouvent facilement des capitaux financiers et font des bénéfices à l’instar des autres entreprises capitalistes. Blablacar a procédé à une levée de capital de 100 millions de dollars et a racheté successivement l’européen Car.pooling, le hongrois Auto-Hop et le mexicain Rides. Uber France transfère ses bénéfices à sa maison mère aux Pays-Bas.Des entreprises capitalistiques normalement non collaboratives intègrent également des comportements collaboratifs dans leurs activités habituelles.Leroy Merlin teste la vente de produits d’occasion. Decathlon ou M. Bricolage servent d’intermédiaires dans la vente, voire la location, de matériel d’occasion entre particuliers. Facebook utilise la production participative (crowdsourcing) pour améliorer les services qu’il fournit à ses utilisateurs. Ceux-ci peuvent développer de petits logiciels connexes et les greffer à son code informatique. Amazon accroît son audience en diffusant les avis, qu’ils soient bons ou mauvais, de ses clients sur ses produits et en servant d’intermédiaire dans la vente de produits d’occasion.

Débat autour d’une régulation

En France, plusieurs acteurs de l’économie collaborative sont critiqués par les acteurs dits « traditionnels ». On peut citer le combat des taxis contre la société Uber, l’inquiétude des hôteliers face à AirBnb, ou encore la grogne des restaurateurs face aux cuisiniers amateurs. Face aux protestations des différentes filières, le gouvernement a commencé à étudier plusieurs pistes pour réguler les acteurs de l’économie collaborative. En septembre 2015, un rapport  de la commission des Finances du Sénat propose d’instaurer une franchise de 5 000 € pour les revenus liés à cette économie. Les plateformes seraient chargées de transmettre les revenus des particuliers à un « Central », une plateforme indépendante. Le Central transmettrait alors les données au fisc.

Dans leur rapport, les sénateurs font le constat qu' »en théorie, les revenus des particuliers sur les plateformes Internet sont en effet imposables dans les conditions de droit commun ». Mais dans la réalité, « les revenus sont rarement déclarés, rarement contrôlés, et rarement imposés ». Une autre mission parlementaire a été lancée en octobre 2015. Le député PS de l’Ardèche, Pascal Terrasse, est chargé de faire des propositions, notamment pour « limiter les comportements abusifs, protéger les travailleurs et les consommateurs ».

L’investissement

Le financement participatif fournit des fonds à l’économie collaborative. Ce n’est pas suffisant. Les investissements peuvent être importants (fablabs, énergies alternatives). Rifkin estime que l’État ou les collectivités territoriales sont à même de prendre la relève. Les retombées quantitatives et qualitatives dans les domaines économiques, écologiques ou sociaux justifient cette dotation.

La confiance

Les échanges, le partage, la coproduction, la mutualisation nécessitent, à des degrés divers, la confiance entre participants. L’éthique collaborative exige un haut niveau de confiance entre partenaires. Elle peut être obtenue par une notation des membres. Déjà la quasi-totalité des grands réseaux sociaux collaboratifs ont institué un classement fondé sur la la réputation et la fiabilité des membres. Chaque membre est ainsi doté d’un « capital social ».

Une société du commun ?

La conjonction de l’économie collaborative et de la relocalisation accroît le champ de la démocratie. Le lien social est favorisé. Les individus acquièrent un réel pouvoir sur leur mode de vie. En impliquant les populations dans les décisions concernant l’économie locale elle promeut la démocratie. Geneviève Azam estime que la relocalisation permet une réappropriation du monde vécu et fournit une réponse démocratique à la crise sociale, écologique et économique. Ce sont de nouvelles formes de démocratie qui se mettent en place au même titre que la prise de conscience de l’importance du commun que décèlent Dardot et Laval.

haoui-reseau-d-affaires

Texte sous licence CC BY-SA 3.0. Contributeurs, ici. Photo : Orlando Florin Rosu – Fotolia.com.